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La bande dessinée lovecraftienne aux Etats-Unis

Introduction

(Photo Flickr/Zack Sheppard)

Si la paternité de la bande dessinée est encore et toujours débattue entre l'ancien et le nouveau monde, c'est au cours des années 1920 et 1930 que ce média devient populaire et largement diffusé. Aux Etats-Unis on découvre les ”comic-strips” (bandes humoristiques de quelques cases diffusées dans les journaux) puis les ”comic-books”. Ces supports sont alors destinés aux enfants et rien ne laisse penser que la bande dessinée deviendra des décennies plus tard un neuvième art hétéroclite et courtisé.

A partir du milieu des années 1920, H.P. Lovecraft va rédiger ses fameux “grands textes” et développer progressivement ce que son ami August Derleth appellera plus tard le Mythe de Cthulhu. Ces nouvelles sont alors publiées dans des ”pulps”, des revues bon marché qui sont les précurseurs littéraires des comics.

Quand Lovecraft décède en 1937, c'est un inconnu. Alors que Derleth et Donald Wandrei s'apprêtent à faire connaître son oeuvre au plus grand nombre, deux personnages vont contribuer à l'entrée du Mythe de Cthulhu dans l'ère de la bande dessinée, par deux portes radicalement différentes : William Gaines et Julius Schwartz.

Le comic-book

(Photo Flickr/blue_j)

Aux Etats-Unis, on désigne par comic-book ou comics des bandes dessinées d'une dizaine de pages diffusées mensuellement en fascicules et racontant des histoires variées allant du western à l'horreur en passant par le polar ou la science-fiction. Les comics les plus connus restent ceux mettant en scène des super-héros.

Depuis quelques années on parle dans ces cas de “comics mainstream” (populaire et avec une connotation de bande dessinée pour adolescent), par opposition aux “romans graphiques” (histoires plus longues publiées en albums) et aux “comics underground” (histoires destinées aux adultes, souvent plus sombres). De manière plus générale, le comics désigne la bande dessinée étatsunienne.

Les années 50 : premières publications

En 1944, l'éditeur All-American Comics devient DC Comics. L'un de ses responsables, Max Gaines, quitte la société pour fonder Educational Comics (connue plus tard sous le nom d'EC Comics) pour publier des bandes dessinées éducatives bon marché. Lorsque Gaines décède en 1947, son fils William reprend l'affaire en main et lance toute une série de bandes dessinées au ton résolument adulte. Parmi celles-ci, on peut citer The Vault of Horror pour les histoires d'horreur et Weird Science pour les histoires de science-fiction. C'est dans le N° 12 de cette seconde publication que l'on trouve certainement la première incursion de l'univers de Lovecraft dans la bande dessinée : une adaptation par Jack Kamen de Herbert West, réanimateur publiée en mai 1950 sous le nom Experiment… in Death. L'histoire fait moins de dix pages et reprend le style grandguignolesque propre à la compagnie. HPL n'est pas crédité.

Quelques mois plus tard, en décembre, puis en février 1951, Al Feldstein et Graham Ingels adaptent dans les N° 16 et 17 de The Vault of Horror les nouvelles Dans le caveau et Air froid sous les noms Fitting Punishment et Baby It's Cold Inside. Encore une fois et malheureusement pour sa notoriété, Lovecraft n'est crédité dans aucune de ces deux histoires.

De nombreux auteurs ayant fait leurs armes dans des pulps tels que Weird Tales écrivent pour EC Comics. Mais si l'on excepte quelques références au Necronomicon et à Cthulhu dans les publications de l'éditeur, les années 50 ne seront pas propices à la bande dessinée lovecraftienne. EC Comics fait faillite en 1956 mais restera célèbre pour Les contes de la crypte adaptés quarante ans plus tard pour la télévision. Le Mythe de Cthulhu, lui, revient là où ne l'attend pas : dans les comics de super-héros !

Tandis que Max Gaines quitte DC Comics, Julius Schwartz rejoint cette même société. Ancien agent littéraire de Lovecraft, il conduit inévitablement Cthulhu vers Superman, propriété de DC Comics depuis 1938. Il faut tout de même attendre le début des années 60 pour que le mélange improbable ait lieu.

Julius Schwartz

(Photo Wikimedia Common/Oscarfan)

Parmi les grands noms du comic-book se trouve celui de Julius “Julie” Schwartz, qui reste définitivement attaché à des personnages aussi légendaires que Superman ou Batman. Mais avant de prendre en main la destinée de ces icônes, Schwartz fut éditeur de pulps et agent littéraire d'auteurs aussi prestigieux que Ray Bradbury, Robert Bloch ou brièvement H.P. Lovecraft dans les dernières années de sa vie.

Julius Schwartz naît en 1915 dans le Bronx. Il publie en 1932 avec Mort Weisinger et Forrest J. Ackerman l'un des premiers pulps de science-fiction, Time Traveller. En 1944, il entre chez All-American Comics, futur DC Comics. Jusqu'en 1986, il va non seulement éditer mais également scénariser et participer à l'évolution des super-héros de la compagnie : dans les années 50, il relance Flash et Green Lantern, initiant le fameux “âge d'argent” du comics ; dans les années 60, alors que le Batman kitsch explose sur les écrans de télévision, Schwartz encourage celui, plus sombre, de Neil Adams. Durant les vingt ans qui suivent, c'est Captain Marvel ou Superman qui bénéficient d'un traitement psychologique plus développé. Le concurrent de toujours, Marvel, sera également influencé par les idées de Schwartz, inspirant Stan Lee pour créer Spider-Man ou les X-Men.

Julius Schwartz décède en 2004 à l'âge de 88 ans, après avoir rédigé une autobiographie, Man of Two Worlds: My Life in Science Fiction and Comics, et obtenu de nombreuses récompenses pour son travail.

Les années 60 : super-héros et tentacules

Julius Schwartz édite en 1962 une histoire de Gardner Fox et Mike Sekowsk en deux parties dans les N° 10 et 11 de Justice League of America : dans The Fantastic Fingers of Felix Faust et One Hour to Doomsday, le sorcier Felix Faust affronte la JLA en invoquant trois démons à l'aide du Necronomicon. Hélas pour lui, les monstres sont plus risibles que lovecraftiens… Cette histoire est réimprimée en 1970 dans le N° 85 de la série et reprise par Gerry Conway en 1980 et 1982 dans les N° 182 et 206.

A partir de cette année-charnière 1962, de nombreux comics vont réinterpréter l'univers lovecraftien, soit par des références, soit par des adaptations complètes des oeuvres du Maître. Qu'il s'agisse de bandes dessinées d'horreur ou de super-héros, les séides cthulhiennes ne seront plus jamais très loin !

S'il n'est toujours pas très connu du grand public, le nom de Lovecraft devient peu à peu une valeur sûre et marchande de l'épouvante à caractère gothique et moderne. Le cinéma commence à s'y intéresser. En 1965, Die Monster Die ! de Daniel Haller sort sur les écrans. Et l'année suivante, un comic anecdotique tiré de ce film vaguement basé sur La couleur tombée du ciel paraît chez Dell, un éditeur spécialisé dans les adaptations de film.

Warren Comics, précurseur des romans graphiques en noir et blanc, édite plusieurs bandes dessinées grand format et à l'épaisseur conséquente. En février et juillet 1968 est publié une adaptations des Rats dans les murs dans le N° 21 de Creepy.

Les lovecrafteries du Docteur Strange

Après DC, Marvel entre timidement dans le Mythe de Cthulhu par le biais de l'un des personnages les plus lovecraftien : le Docteur Strange, grand connaisseur des arcanes ancestrales et protecteur de la Terre. Strange est en effet Sorcier Suprême, un titre honorifique qui le désigne comme le plus puissant des magiciens et de ce fait le défenseur de la Terre contre les forces d'outre-monde. Celles-ci sont représentées sous la forme de dieux anciens prisonniers et vengeurs, très certainement des Grands Anciens.

On trouve les premières références à Lovecraft en 1968 dans Strange Tales N° 168 dans l'épisode Exile par Roy Thomas et Gene Colan. En 1974, on apprend que Strange possède et utilise l'incontournable Necronomicon dans Doctor Strange: Master of Mystic Arts N° 5.

Mais le premier grand récit cthulhien du Docteur Strange se déroule dans les pages de Marvel Premiere à partir de septembre 1972. Les N° 4 à 10 puis 14 constituent la saga Shuma-Gorath. Ce dernier est un monstrueux avatar d'Azathoth dont les serviteurs menacent notre univers. Dix mille ans plus tôt, il avait déjà eu à faire face à Conan de Cimmérie… Après quelques épisodes dans la veine des textes de Lovecraft, Strange réussit à repousser le démon, notamment à l'aide des Unaussprechlichen Kulten de Von Juntz ! Shuma-Gorath est défait mais revient en 1988 dans les N° 12 à 14 de la seconde série Strange Tales : le Docteur Strange est contraint d'user de la magie noire et de traverser les dimensions pour vaincre définitivement le Grand Ancien.

Enfin, le Sorcier Suprême, dont la santé mentale est en béton armé, fera encore face la même année à une créature échappée de R'lyeh, certainement un shoggoth, dans Strange Tales N° 19…

Les années 1970 : horreurs et fantasmagories

Après des années 60 hésitantes mais qui posaient des bases solides, les années 70 seront un véritable festival… Le Mythe de Cthulhu s'installe durablement à la fois dans les pages des revues et dans l'inconscient collectif. Lovecraft passe enfin du stade d'écrivain anonyme maudit à celui de référence de l'horreur moderne. Le travail de d'August Derleth porte ses fruits et le Maître de Providence commence à être largement diffusé et massivement traduit. De nombreux auteurs contribuent à étendre son univers, pour le meilleur et souvent le pire. Et le comics devient un média de masse, lu par tous. DC et Marvel se livre une guerre commerciale sans merci. C'est le début des “crossovers”, des histoires relatant la rencontre entre des personnages d'éditeurs différents. Les comics se font en outre le relais de préoccupations plus sociales, voire politiques.

C'est sous la plume de Roy Thomas, fin connaisseur des œuvres de H.P. Lovecraft, Clark Ashton Smith et Robert E. Howard, que le Mythe de Cthulhu revient chez Marvel. Ainsi, en 1970 et 1971, dans le dyptique Avengers N° 88 et Hulk N° 140, Thomas réécrit un script d'Harlan Ellison dont l'histoire contient plusieurs éléments provenant de l'écrivain de Providence : victimes sacrifiées aux Grands Anciens, citations, référence à l'Université Miskatonic…

Dès lors, Marvel intégrera progressivement dans son univers de super-héros un panthéon relativement cohérent de Grands Anciens plus ou moins lovecraftiens, qui reviendra cycliquement hanter les pages des revues de l'éditeur. Plus inspirés par les mythologies anciennes, ces créatures n'en demeurent pas moins liés à l'œuvre de HPL par leur origine et leur situation (ils ont été bannis et attendent de revenir dans notre univers) : ils ont pour nom Gaea déesse de la Terre, Chthon dieu de la magie noire, Set dieu-serpent ou Oshtur déesse des étoiles…

Mais depuis 1965 et l'adaptation de Dir Monster Die !, il n'y a pas eu de bande dessinée exclusivement basée sur les textes de HPL. Les EC Comics sont loin et aucun éditeur ne semble vouloir exploiter ouvertement de nom de Lovecraft en couverture. Marvel, parallèlement à ses séries super-héroïques, publie un certain nombres de revues de genre sous des titres éloquents : Tower of Shadows ou Chamber of Darkness, dont noms et contenus sont clairement inspirés par The Vault of Horror. En 1970, The Terrible Old Man est publié dans le N° 3 de Tower of Shadows et The Music from Beyond dans le N° 5 de Chamber of Darkness. En 1971, paraît Pickman's Model dans le N° 9 de Tower of Shadows. Toutes ces histoires sont adaptées par le désormais incontournable Roy Thomas.

Un an plus tard, en 1972, paraissent chez Last Gasp Comics deux numéros de Skull contenant des adaptations de nouvelles lovecraftiennes : le N° 4 avec The Hound, Cool Air et Pickman's Model, et le N° 5 avec To a Dreamer, The Shadow from the Abyss, et surtout The Rats in the Walls par Richard Corben, collaborateur régulier de la revue française Métal Hurlant et de son pendant américain Heavy Metal.

La machine est lancée. Les adaptations directes de HPL fleurissent dans les pages fines des revues, semant le vénéneux venin addictif du Grand Cthulhu… Le plus grand détective du monde, Batman, y succombe également dans les N° 241 et 242 de sa série en mai et juin 1972. Mike Friedrich et Rick Bukler opposent le célèbre chevalier noir et son sidekick Robin à une secte cthulhienne. Si l'on croise les noms de Lovecraft, de Cthulhu et du Necronomicon au fil des pages, l'intrigue se limite toutefois à de simples suggestions télépathiques par une future membre des Teen Titans. A-t-elle été influencée par l'asile d'Arkham qui se trouve à… Gotham City ?

En 1973, c'est pas moins de deux numéros de Journey Into Mystery, une revue d'aventures fantastiques de Marvel, qui présentent The Haunter of the Dark dans le N° 4 et The Shadow from the Steeple dans le N° 5. Ces deux comics sont écrits entre autres par Ron Goulart. Marvel continue à exploiter l'oeuvre du solitaire de Providence, qu'il s'agisse d'épouvante ou de fantastique cosmique.

Richard Corben, de nouveau lui, publie en septembre 1973 Den dans le N° 2 de Grim Wit. Cette histoire fait suite au court-métrage d'animation Neverwhere réalisé cinq ans plus tôt par l'artiste. On y découvrait Den, un jeune homme qui se retrouve dans le corps d'un guerrier musculeux et nu dans le pays imaginaire de Neverwhere. Dans Den, le héros affronte le dieu Uhluhtc, nom inversé de Cthulhu. Il apparaissait déjà dans For the Love of a Daemon, dans Fantagor N° 4 en 1972, et revient dans les trois numéros de la mini-série Children of Fire en 1987 et 1988. La dernière réédition de ces histoires en albums date de 1991 et 1992.

Marvel, l'ogre dévorant du monde du comics, poursuit sur sa lancée lovecraftienne en 1975 : The Terrible Old Man revient, avec The Music of Erich Zann toujours sous la plume de Roy Thomas qui fera bientôt des étincelles avec Conan, redéfinissant durablement le barbare d'Howard… Cette fois, c'est dans les N° 1 et 2 de Masters of Terror, une énième parution d'horreur, que l'on peut lire ces deux terreurs lovecraftiennes en bandes dessinées.

DC Comics, de son côté, reste sobre et se contente d'exploiter le filon du Grand Ancien de passage en janvier 1977 dans le N° 1 de The Flash Plus Nightwing. Cette fois, c'est Ik'zum'uggarth qui s'oppose vainement aux deux gaillards en collants… Marvel, qui fait carrément dans la surenchère de “yog-sothotheries” emmène ses lecteurs en 1978 dans la savane africaine, où Tarzan fait la connaissance d'un nouvel ennemi : un Arabe nommé Abdul Alhazred ! Ll'auteur du Necronomicon mort dévoré par ses démons est devenu la némésis du roi des singes avant d'affronter quelques temps plus tard le sauvage Wolverine ! Loin du poète fou que l'on connaît, Alhazred est un sorcier puissant et au physique massif et athlétique…

En 1979, dans un registre plus fidèle aux textes originaux, Air Froid fait l'objet d'une luxueuse adaptation chez Warren Comics dans le N° 113 de Creepy sous le crayon de Bernie Wrightson. Cette version est très fidèle à la nouvelle de Lovecraft.

En avril 1975, les lecteurs découvrent chez… Marvel (!) dans le N° 4 de Giant-Size Werewolf un récits aux forts relents lovecraftiens : The Night The Moon Dripped Blood. Le loup-garou du titre y affronte des hordes de créatures tentaculaires qui servent un monstrueux dieu cthulhien. Malgré l'absence de références textuels à HPL, certaines phrases mentionnant des dieux bannis en des temps immémoriaux et qui reviennent à la faveur de certains événements annoncent une filiation évidente.

Le cas M'nagalah

(Image © DC Comics)

Les protagonistes de Lovecraft n'avaient rien de héros flamboyants et téméraires, mais ses lecteurs ne pouvaient que se résoudre à accepter que des super-justiciers en tenues chatoyantes triomphent sans trop de difficultés d'entités millénaires habitées par la folie…

Cependant, quand paraît le N° 8 de Swamp Thing en février 1974, la vision du Mythe dans les comics super-héroïques évolue. Créé chez DC Comics en 1971 par Len Wein et Bernie Wrightson, Swamp Thing est une créature humanoïde mais végétale qui protège son marais et son environnement de menaces humaines ou surnaturelles. Un monstre à l'esprit torturé pour affronter d'autres monstres ! Le trait de Wrightson confère à cette série une touche d'horreur gothique adulte au milieu des super-héros classiques.

L'histoire The Lurker in Tunnel 13! introduit un nouveau Grand Ancien, M'nagalah, issu de l'imagination de l'écrivain Ramsay Campbell. Ce dieu monstrueux est représenté par une masse sanguinolente d'entrailles couvertes de tentacules et d'yeux. Il sera vaincu par Swamp Thing. The Lurker in Tunnel 13! est réimprimé en 1986 dans le N° 8 la série Roots of Swamp Thing. Un Grand Ancien ne pouvant subir une telle défaite, encore moins s'il a été intégré et digéré par le monde du comics ou rien ne disparaît à jamais, M'nagalah revient (sans “h”) en 1977 avec ses frères Rh'Thulla et Kag'Naru ! Une suite en deux parties paraît dans les N° 82 et 83 de la série Challengers of the Unknown sous la plume de Gerry Conway et le crayon de Mike Nasser. Dans The Lurker Below et Seven Doors to Destiny, Swamp Thing ne rigole plus : il est épaulé par une équipe de super-héros !

Si M'nagalah est encore une fois vaincu, il persévère et revient un an plus tard sous le nom de Sh'mballah chercher des noises à… l'incroyable Hulk ! Dans un roman mettant en scène le colosse vert de Marvel, Stalker From the Stars, Hulk doit affronter un Grand Ancien qui, mis à part son nom, changement d'éditeur oblige, partage ses origines et son aspect avec M'nagalah ! Le roman est écrit par Len Wein, Marv Wolfman et Joseph Silva.

L'histoire ne s'arrête pas là mais il faut vingt ans au Grand Ancien pour revenir en 1999 plus ténébreux que jamais, dans les N° 1 à 4 de The Trenchcoat Brigade chez DC Comics…

Les années 80 : les années pauvres

Après cette déferlante cthulhiennes durant les seventies, surtout chez Marvel qui semblait vouloir prendre une longueur d'avance sur ses concurrents, les années 80 vont apparaître bien pauvres. Si DC publie en avril 1986 un anecdotique dyptique dans Fury of Firestorm N° 46 et Blue Devil N° 23 dans lequel des super-héros affrontent un énième Grand Ancien anonyme, la décennie sera marquée par une subite désertification de l'oeuvre de Lovecraft dans les comics.

C'est la génération Stephen King qui prend le pas, et l'horreur contemporaine derrière elle. Le fantastique devient un domaine marchand foisonnant, le cinéma produit à tour de bras, la littérature de genre explose réellement. On constate un recentrage des éditeurs de comics et une diminution du nombre de publications. Les super-héros font toujours recette mais d'autres parutions semblent laissées à l'abandon. Des éditeurs indépendants sont avalés ou disparaissent simplement.

Face à cet état culturel et à l'évaporation du Mythe de Cthulhu, le massif Conan se dressera, perpétuant l'héritage Weird Tales de Lovecraft, Smith et Howard ! Ses histoires feront le lien entre la richesse des années 70 et le renouveau des années 90, fin de siècle annoncée et concurrence enragée en approche…

Conan contre Cthulhu

(Image © Marvel Comics)

Robert E. Howard, H.P. Lovecraft et Clark Ashton Smith étaient amis. Leurs univers littéraires se sont très souvent croisés. La bande dessinée fera de même sous la plume de Roy Thomas, l'artisan du succès de Conan en comics chez Marvel. Mais il ne fut pas le seul et d'autres scénaristes intégrèrent des éléments de HPL et de Smith dans les récits du barbare cimmérien.

Ainsi, en 1986, Jim Owsley narre l'affrontement entre Conan et rien moins que Shub-Niggurath dans le N° 125 de la revue en noir et blanc Savage Sword of Conan. Puis en 1988 c'est Charles Dixon qui met le Cimmérien en scène contre le redoutable Yog-Sothoth dans le N° 152 de la même publication !

Quatre ans plus tard, à partir de janvier 1992, Roy Thomas entraîne l'aventurier dans le long The Second Coming of Shuma-Gorath dans les N° 252 à 260 de Conan the Barbarian. Comme il n'est pas question pour Conan de se reposer, il découvre les mondes et les créatures de Clark Ashton Smith dans Conan the Adventurer, dans une autre longue saga qui intègre des éléments lovecraftiens à partir du N° 8 de janvier 1995.

Enfin, en septembre 1995, Thomas l'emmène aux confins du monde glaciaire dans une sorte de préquelle aux Montagnes hallucinées. Les N° 2 à 4 de Conan the Savage mettent en scène des shoggoths et leurs créateurs : les bâtisseur de la cité sous les glaces !

Les années 90 : l'hommage appuyé

Après des années de disette, l'ambiance sombre de l'oeuvre de Lovecraft va reprendre le pas sur les héros colorés à la santé mentale à toute épreuve. Dans les années 90, le comics devient sérieux, mature et pessimiste. L'heure de la désillusion à sonné. Le pognon a pris le pas sur la créativité. De nombreux jeunes auteurs, à la fois influencés par les jeux de rôles, la musique, le cinéma, vont proposer des interprétations parfois très libres du Mythe de Cthulhu. Qu'il s'agisse de séries ou de one-shots, de comics-books ou de romans graphiques, on va assister à un lent renouveau de l'épouvante lovecraftienne en bande dessinée. Les grands éditeurs survivants des années 80 vont devoir affronter de nouveaux concurrents aux dents longues et un adversaire affamé : Internet…

Après avoir affronté à plusieurs reprises le Grand Ancien M'nagalah durant la précédente décennie, Swamp Thing remet un pied dans le Mythe fin 1991 et début 1992 grâce à Nancy A. Collins, scénariste auteur de romans vampiriques et de nouvelles lovecraftiennes, et Tom Mandrake. Dans les N° 111, 114 et 115 de sa série, le monstre du marais doit ainsi lutter contre un pirate mort-vivant, Dark Conrad, qui a vendu son corps et son âme aux Grands Anciens. L'ensemble est sombre et désespéré.

La grande nouveauté, c'est l'apparition du nom de Lovecraft comme titre de publication. A partir de décembre 1991, le petit éditeur Millenium Comics publie donc H.P. Lovecraft's Cthulhu. Dans le premier numéro, The Whisperer in Darkness, Mark Ellis met en scène les trois membres du Projet Miskatonic contre les Fungi de Yuggoth. Chacun des personnages a eu affaire aux Grands Anciens par le passé. L'intrigue début de manière originale avant de reprendre la trame de Celui qui chuchotait dans les ténèbres. Les deux numéros suivants reprennent également des portions d'histoires de Lovecraft, notamment L'appel de Cthulhu, liant de manière très directe les aventures du Projet Miskatonic aux oeuvres du Maître. La série ne connaît toutefois que trois épisodes. Une première édition complète est éditée en 1993 ; une seconde, augmentée de nouvelles illustrations est sortie en octobre 2008 sur le label Millennial Concepts sous le titre The Miskatonic Project: H.P. Lovecraft's The Whisperer in Darkness. En 1994, une seconde série H.P. Lovecraft's Cthulhu voit le jour, également en trois numéros, et adapte Le festival. C'est la consécration pour HPL, qui est enfin l'élément central et indispensable d'une bande dessinée.

A la même période, Adventure Comics suit les pas de Millenium et lance la publication de H.P. Lovecraft, The Master of Horror. Cette série de Steve Jones et Sergio Cariello connaîtra quatre numéros et propose une anthologie de nouvelles lovecraftienne illustrées sous des couvertures magnifiquement peintes et très proches des illustrations du jeu de rôle L'Appel de Cthulhu. Sur la même lancée, à partir de 1993 et jusqu'en 1997, Caliber Comics publie The Worlds of H.P. Lovecraft, une autre anthologie : de nombreux auteurs se succèdent durant pas moins de dix numéros pour illustrer La tombe, Dagon, Par-delà le mur du sommeil ou La peur qui rôde.

En quelques années, le monde du comics se réveille et entreprend une large diffusion des textes de Lovecraft de manière plus sombre et moderne. Il ne s'agit plus seulement de proposer des adaptations assez conventionnelles mais véritablement de mettre son imaginaire démentiel en images, de représenter l'innommable. Lovecraft est désormais un auteur “adaptable” et son nom sur une couverture fait vendre du comics. C'est un véritable marathon de publications qui va s'opérer en quelques années.

En 1994, Dark Horse débute la publication d'une mini-série de Mike Mignola, Les germes de la destruction, qui met en scène un nouveau personnage atypique, le démon haut en couleurs Hellboy. Le style est caractéristique, en clair-obscur, adapté à l'ambiance gothique du comics. Les aventures d'Hellboy, outre l'humour et les références typiquement infernales, intègrent de nombreux éléments lovecraftiens : des sorciers nazis y cotoient des monstres tentaculaires, et la magie noire croise le fer avec des religions barbares. Publié en série régulière, Hellboy connait une carrière fulgurante peuplée de dieux obscurs et de créatures cthulhiennes. C'est Robert Bloch, entré en littérature sous l'impulsion de Lovecraft, qui signe la préface des Germes de la destruction. Mignola travaillera sur les deux films Hellboy avec le réalisateur Guillermo Del Toro, un autre admirateur de Lovecraft !

En cette décennie, un slogan mythique va s'imposer dans l'esprit des amateurs de fantastiques et de mystères. Un slogan à des lieues de Lovecraft et pourtant… “La vérité est ailleurs” : cette phrase fait les beaux jours de la télévision en tant qu'accroche de la série Aux frontières du réel… Il est inévitable que cet univers traversé de créatures inquiétantes rencontre le Mythe de Cthulhu. Dans The X-Files Hero Illustrated Special datant de 1994 et édité par Topps Comics, Trick of the Light réadapte Le modèle de Pickman en le transposant à l'ère des “petits gris” : l'artiste Herbert Thurber peint des extraterrestres d'après des modèles humains. Lorsque les modèles commencent à disparaître mystérieusement, Mulder et Scully se penchent sur l'affaire. A la fin, Thurber disparaît lui aussi et les deux agents découvrent que son dernier dessin était un portrait de lui-même !

Un an plus tard, la mini-série The Firebird Trilogy dans les N° 3 à 5 de The X-Files dévoile un extraterrestre tentaculaire et aérien qui prétend être un dieu ! On peut sans risque penser qu'il s'agit là d'un Grand Ancien venu en personne des profondeurs de l'univers… Dans le N° 7, Trepanning Opera rappelle ces événements et dans The X-Files Annual N° 1, une partie de l'intrigue de Hallow Eve prend place à l'Université Miskatonic d'Arkham. Les quatre histoires sont signées Stefan Petrucha et Charles Adlard.

En 1995, DC revient discrètement dans la course avec deux des plus puissants personnages, le Spectre et le Docteur Fate qui affrontent un Grand Ancien nommé Koth-Shugoth, lequel a des vélléités d'invasion de la Terre dans Spectre Annual N° 1. De mars à juillet, DC ne perd pas de temps et publie la mini-série en cinq parties Jonah Hex: Riders of the Worm and Such par Joe Lansdale et Tim Truman. Jonah Hex est un cowboy ténébreux familier du surnaturel. La mini-série est inspirée par Robert E. Howard, Brian Lumley et le film Tremors. On y trouve de nombreuses références à Lovecraft, notamment des citations du Necronomicon et des Unaussprechlichen Kulten. Enfin, le Grand Ancien de l'été de l'éditeur s'appelle Daemoniacus. Cette créature au nom plus diabolique que cthulhien résiste au le bolide rouge dans les N° 103 et 104 de la série Flash chez DC Comics…

Du côté de Marvel, on est plus discret. Les X-Men rapporte certainement plus que Lovecraft mais ce n'est aps uen raison pour oublier le bon vieux temps : les populaires mutants sombrent en juillet 1996 dans la folie du Mythe de Cthulhu dans le N° 4 de The Adventures of the X-Men… Dans l'histoire When the Dweller Awakes, le leader du groupe Cyclope s'allie avec Erich Zann pour repousser, avec l'usage du Texte de R'lyeh, des créatures démoniaques ayant réveillé un Ancien monstrueux qui gisait sous la ville de New Salem. L'histoire est signé Ralph Macchio et Mike Miller.

Les années 90, c'est aussi l'explosion des “licences”, ces créations devenus marques et engendrant de nombreux produits dérivés. C'est chez le dynamique Dark Horse que sont publiés depuis plusieurs années des comics tirés des films Alien. Ceux-ci sont généralement des one-shots ou des mini-séries aux thèmes et aux scénarios isolés. Le N° 1 de Aliens: Special paraît en juin 1997 et inclut deux histoires. Dans la seconde, Elder Gods de Nancy A. Collins et Leif Jones, une secte religieuse, la Fraternité de Tulitu, vénère l'écrivain Horace Payne Loveless comme son prophète. Ses membres, le père Lumley et les frères Ramsey, Ashton et Colin, découvrent ce qu'ils pensent être une gigantesque idole sacrée de leur dieu. Mais quand ils se rendent compte de la véritable nature de la statue, l'horreur ne fait que commencer…

Durant l'été de la même année, à nouveau chez DC, d'une part le Joker invoque avec le Necronomicon, le De Vermis Mysteriis et d'autres ouvrages du même acabit le démon Etrigan dans Major Arcana, un mini-récit de Doug Moench et Kelley Jones publié dans les N° 544 à 546 de Batman ; d'autre part dans Weird War Tales N° 1, un récit relate l'arrivée d'un U-Boot sur R'lyeh et sa rencontre avec… Cthulhu !

En automne, c'est Mock Man Press qui reprend HPL dans un surprenant H.P. Lovecraft's The Dream-Quest Of Unknown Kadath en cinq numéros réalisés par Jason Thompson. Ce comics au style simple et coloré, éloigné des illustrations lovecraftiennes classiques, donnera lieu en 2004 à un court-métrage d'animation par Edward Martin.

Toujours en 1997 et jusqu'en 1999, Caliber Comics publie les quatre numéros de Lori Lovecraft qui relatent les aventures de la jeune actrice éponyme dans un Hollywood où plane l'ombre de HPL. Mais cette fois, ce sont les formes pulpeuses de l'héroine mise en scène par Mike Vosburg et Pete Ventrella qui attirent l'oeil, plus que les tentacules cthulhiens…

En mars 1998, le Grand Ancien menaçant de l'année s'appelle Kolkothak et vient faire des misères dans Challengers of the Unknown N° 14 chez DC Comics.

Après cette éreintante course à la tentacules, histoire de finir le siècle en beauté et dans le calme, Dark Horse publie en avril 1999 une ambitieuse anthologie hommage à H.P. Lovecraft Codex Arcana sous une superbe couverture de Mike Mignola…

Le fin du monde est annoncée par des ésotéristes à la petite semaine, l'an 2000, si symbolique s'annonce. Cthulhu et les siens en rient, eux qui attendent depuis des millions d'années…

Herbert West et ses démons

Durant les années 80, le cinéma s'empare largement de l'oeuvre de HPL, permettant à Stuart Gordon de signer quelques films horrifiques et polémiques dont le célèbre Re-Animator en 1985, adapté de Herbert West, réanimateur. Il faut toutefois attendre le début des années 1990 pour que le bon docteur soit mis sur le papier.

En 1991, Malibu Graphics s'y colle en éditant sous licence une version illustrée de nouvelles lovecraftiennes sous le titre Tales of Re-Animator. Son concurrent Adventure Comics achète les droits du film et l'adapte la même année en trois numéros suivis en 1992 de la mini-série Dawn of Re-Animator également en trois numéros.

Malgré deux suites sur grand écran, c'est tardivement, en 2006, qu'Herbert West revient dans les pages de bandes dessinées chez Dynamite Entertainment en tant qu'adversaire d'un autre habitué des films d'horreur : Ash de la saga Evil Dead et familier du Necronomicon. Army of Darkness vs Re-Animator comprend quatre numéros plus délirants que lovecraftiens mais qui ouvrent la voie à une série régulière du réanimateur deux ans plus tard chez Zenescope Entertainment : The Chronicles of Dr. Herbert West est une variation moderne et réaliste de l'histoire originale de Lovecraft. Le narrateur masculin devient une jeune femme, petite ami d'Herbert, qui relate les événements tragiques menant West à ses ténébreuses recherches au risque d'y perdre son âme… Quatre numéros sont parus à ce jour.

Les années 2000 : le renouveau

A l'aube du XXIe siècle, le Mythe de Cthulhu semble envahir plus que jamais les cases et les phylactères… Jusque-là, les auteurs se contentaient d'adapter directement les textes de Lovecraft ou de reprendre quelques éléments pour les intégrer dans leurs propres histoires. Désormais, les nouvelles du solitaire de Providence seront à la base d'éditions luxueuses et et de vastes séries cthulhiennes d'ailleurs pas toujours très fidèles à l'esprit d'origine…

L'éditeur Eurêka Productions publie au début de la décennie une excellente revue anthologique nommée Graphics Classic dont le principe est de reprendre les oeuvres fantastiques d'auteurs célèbres en les adaptant et en les accompagnant d'illustrations inédites, de dossiers et d'articles. H.P. Lovecraft a ainsi droit à son volume spécial (anciennement N° 4) avec une demi-douzaine de nouvelles mise en images. Une seconde édition augmentée éditée en 2007 confirmera le succès de cette anthologie. Le Maître est également présent dans le N° 10 de la revue ainsi que dans le N° 15 de Fantasy Classics, une seconde publication plus orientée vers les grands textes fondateurs du fantastique.

De son côté, le petit éditeur Cross Plains Comics spécialisé dans les adaptations de Robert E. Howard, publie en 2000 en apparté H.P. Lovecraft's The Call of Cthulhu, avec Esteban Maroto aux crayons et l'inamovible et cimmérien Roy Thomas au scénario. En avril de la même année, dans un tout autre registre paraît chez Claypool un parodique Shadow Over Sinnqport dans le N° 84 de la revue Elvira, Mistress of the Dark, inspirée par la célèbre pin-up gothique…

Fort: Prophet of the Unexplained est une mini-série publiée par Dark Horse en 2002. Ce comics met en scène l'écrivain et spécialiste du surnaturel Charles Fort qui vécu au début du XXe siècle. Affrontant des extraterrestres et les forces de l'ordre qui l'accusent de meurtre, il fait équipe avec un jeune H.P. Lovecraft… La série a été rééditée par Dark Horse puis Titan Books en un volume.

En 2003, Avatar Press, un petit éditeur originellement spécialisé dans les mini-séries puis dans quelques licences prestigieuses du cinéma et de la télévision, publie de septembre à novembre les trois numéros de l'anthologie Yuggoth Cultures and Other Growths. Celle-ci se base sur une douzaine de récits imaginés par le célèbre Alan Moore et scénarisés par Antony Johnston. La première histoire Zaman's Hill est une adaptation d'un roman perdu de Moore ; les autres récits sont basés sur des travaux inachevés ou inédits du scénariste sous influence des Fungi de Yuggoth de Lovecraft. L'année suivante, Johnston écrit plusieurs histoires lovecraftiennes réunies dans Yuggoth Creatures. Un album complet reprenant les deux comics, Yuggoth Cultures, paraît en 2006.

La même année est lancé le magazine Planet Lovecraft, entièrement voué à l'écrivain de Providence. Cette publication annuelle comprend des articles, des nouvelles, des analyses et… de la bande dessinée. Le magazine semble être un croisement entre Weird Tales et Métal Hurlant. En 2009, le nom change et devient Strange Aeons : pour ratisser plus large, pour accentuer l'aspect mystérieux ? Lovecraft n'est plus un nom, c'est une brume qui plane sur le fantastique…

Boom! Studios édite à partir de janvier 2008 une série d'histoires courtes dans l'univers du Mythe de Cthulhu : Cthulhu Tales de Hans Rodionoff, Johanna Stokes et Andrew Cosby. Les scénarios très différents les uns des autres s'appuyent autant sur Lovecraft que sur des intrigues inhabituelles. Si l'ensemble est inégal, le projet ne peut que séduire les lecteurs lovecraftiens. A ce jour douze numéros ont été publiés et réunis dans quatre albums, Cthulhu Tales, Whispers of Madness, Chaos of the Mind et The Darkness Beyond, suivis de deux one-shots, The Rising et The Taint.

Février 2007 voit la parution du premier numéro de Lockey & Key, initiant la mini-série Welcome to Lovecraft. Celle-ci se passe dans le manoir hanté de Keyhouse, en Nouvelle Angleterre, dont toutes les portes sont des passages vers l'indicible… Une créature ancestrale tente d'ouvrir le plus terrifiant de ces passages. Dimension Films a acheté les droits de cet arc pour une future adaptation sur grand ou petit écran. Welcome to Lovecraft est le prologue de trois actes (actuellement inachevés) dont seul le premier est complet, Head Games. L'ensemble se base de manière très libre sur l'univers du Mythe de Cthulhu. Des deux premières séries ont été publiées en deux albums sous leurs titres respectifs en 2008 et 2009.

Lovecraft est un grand parmi les grands. Ce n'est plus seulement son univers qui inspire, c'est aussi sa vie. Ecrit par Mac Carter et dessiné par Tony Salmons, The Strange Adventures of H.P. Lovecraft est une mini-série en quatre partie dont la première paraît en avril. Publiée par Image Comics (berceau des très gothiques Spawn, Witchblade et Darkness), cette bande dessinée présente la vie tumultueuse d'un H.P. Lovecraft confronté à ses événements surnaturels. Le réalisateur Ron Howard travaille actuellement sur une adaptation de l'oeuvre pour le grand écran.

Richard Corben, lui, n'est jamais très loin quand on parle de HPL… Il signe donc en milieu d'année une mini-série chez Marvel, qui n'a que peu contribué depuis vingt ans à l'horreur lovecraftienne. Haunt of Horror: Lovecraft est un retour aux sources dans l'oeuvre littéraire du Maître. Trois numéros paraissent, présentant chacun trois adaptations de nouvelles en noir et blanc, accompagnées des textes originaux. Ces comics sont parmi les plus réussis et les plus fidèles à l'oeuvre de l'écrivain, par un Corben au sommet de son art qui avait déjà réalisé Haunt of Horror: Edgar Allan Poe.

En septembre 2008 paraît encore et toujours chez Boom!, la mini-série Necronomicon de William Messner-Loebs et Andrew Ritchie dont l'intrigue tourne autour du livre maudit d'Abdul Alhazred. Les quatre numéros ont été réédités en un volume. Lovecraft is Missing de Larry Latham débute en octobre. Il s'agit d'un webcomics gratuit et semi-biographique se déroulant en 1926 avant la publication de L'appel de Cthulhu. Riche en clins d'oeil à Lovecraft, c'est une mise en abîme de la vie de Lovecraft à travers son oeuvre…

En mai 2009, Boom! revient enfin aux fondamentaux et publie un surprenant Nyarlathotep illustré par Chuck BB sur le texte de Lovecraft. Forme anguleuses, couleurs vives, l'album est à des lieues de la fureur des publications mensuelles et retrouve l'essence de l'oeuvre du Maître. La même année, dans un tout autre registre, Wildstorm lâche North 40, une série délirante peuplée de créatures cthulhiennes, de zombies, de monstres en tous genres et surfant sur la vague Walking Dead. Aaron Williams et Fiona Staples propose une saga trash et agitée du ciboulot survolée par l'esprit bienveillant de HPL. Six numéros sont prévus.

La décennie s'achève lentement, et le règne des éditeurs indépendants sur la bande dessinée cthulhienne est incontestable. Si la qualité n'est pas toujours au rendez-vous, Lovecraft est clairement redevenu un auteur moderne et “en vogue”. Ce qui prouve que son univers est à la fois intemporel et loin d'être ringard… L'aventure est loin de se terminer puiqu'Avatar annonce pour 2010 la sortie d'une nouvelle série du célèbre Alan Moore intitulée sobrement et fort classiquement Neonomicon

La chute de Cthulhu ?

Fondé en 2005, les jeuens éditions Boom! Studios se lancent rapidement sur des projets aussi différents que variés : des comics sous licence, des séries originales, des adaptations, et plusieurs publications directement inspirées par Lovecraft.

Ainsi débute la saga Fall of Cthulhu en janvier 2007, écrit par Michael Alan Nelson et mis en images par Jean-Jacques Dzialowski et Greg Scott. Plus que les textes de Lovecraft, le comics se base sur son univers, prenant notamment place dans les contrées du rêves. Sous des couvertures magnifiques, on trouve des dessins réussis assez représentatifs de l'esprit du Mythe. Malheureusement, la série est très marquée par l'organisation toute derlethienne du panthéon cthulhien. Quatorze numéros paraissent, réédités en trois albums : The Fugue, The Gathering et The Gray Man.

Suite à ces événements, la guerre des dieux s'annonce et s'illustre dans les mini-séries Godwar et Apocalypse. Ces deux bandes dessinées de quatre numéros chacune relatent l'affrontement que se livrent les serviteurs de Cthulhu et les adorateurs de Nodens. Un mystérieux Monsieur Arkham échaffaude un plan complexe qui pourrait mener à la fin de toutes choses, dieux et hommes… Chaque mini-série est rééditée en album.

Après la grandiloquence du propos et l'inéluctabilité de l'apocalypse des Anciens, Boom! publie à partir d'avril 2009 une préquelle, Nemesis, au ton historique et centrée sur les origines en Atlantide du familier félin de Nyarlathotep. Quatre numéros paraissent, toujours de la main de Michael Alan Nelson, et également réédités en album.

Conclusion

Comme on peut le voir, le neuvième art lovecraftien aux Etats-Unis est aussi riche que passionnant. Le domaine public guette HPL, poussant les créateurs de tous horizons à embrasser le Grand Cthulhu et ses semblables.

Le Mythe de Cthulhu est largement représenté, parfois dans les oeuvres les plus insolites. Qu'il s'agisse d'insertion directe de créatures, de lieux, d'objets inventés par Lovecraft et ses disciples, ou simplement de clins d'oeil à l'écrivain de Providence à travers des noms, des concepts. Ce grand déferlement est lancé et, à l'heure des faiblards Twilight et autres univers fantastiques décolorés, il est bon de savoir que les Grands Anciens sont là quelque part, près à surgir en riant stupidement…

Finalement, l'individu solitaire qu'était Howard Phillips Lovecraft a conquis cette Amérique étrange à ses yeux, qui a tardivement découvert son talent de conteur de l'épouvante (et bien plus)…

Sources

 
 
culturepopulaire/la_bande_dessinee_lovecraftienne_aux_etats-unis.txt · Dernière modification: 2010/02/12 19:39 par Stazis
 
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